L’hivernage d’une piscine ne se déclenche pas à une date de calendrier. Le seul indicateur fiable reste la température de l’eau stabilisée sous le seuil de fraîcheur, généralement autour de 12 à 15 °C mesurés sur plusieurs jours consécutifs. Hiverner trop tôt, avec une eau encore tiède, favorise la prolifération d’algues sous la bâche. Trop tard, le gel a déjà commencé son travail sur les canalisations.
Purge du réchauffeur et des équipements périphériques
Les articles grand public se concentrent sur le bassin, les skimmers et la pompe. Nous observons pourtant que les sinistres hivernaux touchent aussi fréquemment le circuit de chauffage. Un réchauffeur électrique ou une thermopompe contient un volume d’eau résiduel suffisant pour fissurer un échangeur en cas de gel.
La purge du réchauffeur passe par l’ouverture des bouchons de vidange situés en partie basse de l’appareil, suivie d’un soufflage à l’air comprimé du serpentin ou de l’échangeur titane. Sur une pompe à chaleur, nous recommandons aussi de déconnecter l’alimentation électrique et de protéger le compresseur avec une housse ventilée pour éviter la condensation.
L’électrolyseur au sel mérite la même attention. La cellule d’électrolyse doit être démontée, détartrée puis stockée au sec. Laisser une cellule en place dans un local technique exposé au gel revient à accepter le risque d’éclatement des électrodes. Un simple rinçage à l’acide dilué avant stockage prolonge sensiblement sa durée de vie.
Traitement chimique et équilibre de l’eau avant hivernage piscine

Un traitement choc au chlore non stabilisé précède toujours l’ajout du produit d’hivernage. L’erreur fréquente consiste à verser le liquide d’hivernage dans une eau dont le pH n’a pas été corrigé. Un pH supérieur à 7,4 réduit l’efficacité du biocide et laisse le champ libre aux algues pendant toute la saison froide.
La séquence correcte suit un ordre strict :
- Mesurer et ajuster le pH entre 7,0 et 7,4, puis contrôler le TAC pour garantir la stabilité du tampon.
- Réaliser le traitement choc avec un chlore non stabilisé (hypochlorite de calcium ou de sodium), en laissant tourner la filtration pendant plusieurs heures.
- Attendre que le taux de chlore libre redescende avant d’ajouter le produit d’hivernage, qui est un algicide longue durée incompatible avec un surdosage de chlore actif.
Le produit d’hivernage ne remplace pas le traitement choc, il prend le relais une fois l’eau désinfectée. Confondre les deux conduit à une eau verte dès les premières semaines de printemps.
Vidange des canalisations et bouchons d’hivernage
Baisser le niveau d’eau sous les buses de refoulement ne suffit pas à protéger le réseau hydraulique. L’eau piégée dans les coudes, les vannes et les raccords reste vulnérable au gel. La purge par soufflage des canalisations, depuis le local technique vers le bassin, permet d’expulser ce volume résiduel.
Une fois les canalisations vidées, chaque orifice (skimmer, prise balai, buse de refoulement) reçoit un bouchon d’hivernage adapté à son diamètre. Un bouchon mal dimensionné ou simplement posé sans serrage crée un point d’entrée d’eau qui annule tout le travail de purge. Nous recommandons de vérifier l’état des joints toriques à chaque saison : un joint sec ou fendu ne garantit plus l’étanchéité.
Dans le local technique, la pompe, le filtre et le préfiltre doivent être vidangés. Sur un filtre à sable, ouvrir la vanne en position « hivernage » (entre deux positions) libère la pression interne et protège le joint étoile.
Couverture d’hivernage : résistance mécanique et gestion de l’eau stagnante

Poser une bâche d’hivernage ne se résume pas à dérouler une toile sur le bassin. La couverture doit résister à trois contraintes simultanées : le poids de la neige, la prise au vent et l’accumulation d’eau de pluie en surface.
Les bâches filtrantes (filet) laissent passer l’eau de pluie mais retiennent les débris. Elles conviennent aux régions à faible enneigement. Les bâches opaques, plus lourdes, bloquent la photosynthèse et limitent la formation d’algues, mais elles exigent une évacuation régulière de l’eau stagnante avec une pompe vide-cave.
- Des flotteurs d’hivernage placés en diagonale du bassin absorbent la pression de la glace et empêchent la bâche de s’enfoncer.
- Les sandows ou crochets de fixation doivent être tendus sans excès pour que la bâche conserve une légère flèche centrale, dirigeant l’eau de pluie vers un point d’évacuation.
- Un coussin d’air central, utilisé sur les piscines hors-sol, crée un dôme qui favorise l’écoulement de la neige et de l’eau vers les bords.
Une bâche affaissée sous le poids de l’eau stagnante finit par céder ou par entraîner les margelles. Contrôler la tension et pomper l’eau accumulée après chaque épisode pluvieux prolonge la durée de vie de la couverture et du bassin.
Cas particulier : hiverner une piscine hors-sol
Une piscine hors-sol tubulaire ou autoportée ne s’hiverne pas comme un bassin enterré. La structure, souvent en acier ou en PVC souple, supporte mal la pression latérale de la glace. Dans les régions où le gel est fréquent, le démontage complet reste la solution la plus sûre.
Le liner doit être nettoyé, séché intégralement, puis plié sans pli marqué (rouler plutôt que plier) et stocké dans un local hors gel. Les tubes métalliques sont rincés, séchés et rangés à plat. Stocker un liner humide provoque des moisissures qui fragilisent le matériau dès la saison suivante.
Pour les modèles rigides à paroi acier qui restent en place, l’hivernage suit les mêmes principes que le bassin enterré, avec une vigilance accrue sur les flotteurs d’hivernage : la pression de la glace sur une paroi non maçonnée peut déformer la structure de façon irréversible.
La remise en service au printemps sera d’autant plus rapide que chaque étape d’hivernage aura été menée avec rigueur. Un bassin correctement purgé, traité et couvert redémarre en quelques jours, sans vidange ni rattrapage chimique coûteux.

